Le bonheur consiste-t-il à faire tout ce qui nous fait plaisir ?



Cette question m'est venue à l'écoute de mes patients et se nourrit de conférences et de lectures psychologiques et philosophiques sur le thème du bonheur.
Ma réflexion s'étaye en autres sur des éléments de pensée apportés par Dominique Bourdin, psychanalyste et philosophe, qui a donné une conférence sur l'émotion du Plaisir en psychanalyse, dans le cadre des Séminaires Psychanalytiques de Paris - Nasio.

Au début de la vie psychique, Freud distingue et articule ce qui relève de l'auto-conservation (se nourrir, au début grâce à l'aide d'un autre) et ce qui est plaisir et sexualité (le suçotement). Le plaisir se développe en étayage sur la satisfaction des besoins.

Le principe de plaisir et de déplaisir est un des grands régulateurs des processus psychiques et du fonctionnement psychique chez tout être humain.

Cependant, Freud analyse également qu'il y a aussi un principe de réalité que le sujet doit intégrer dans son propre fonctionnement psychique, ce qui modifie par conséquent sa perception du monde extérieur.

Ces quelques notions de psychanalyse permettent de situer le cadre de cette réflexion sur le bonheur qui me paraît au centre des préoccupations actuelles de tout un chacun et en particulier des patients qui sont en souffrance psychique.

Les difficultés d'accéder au bonheur et au plaisir de vivre sont souvent liées la plupart du temps à une insécurité affective et psychologique qui trouve son origine dans des événements traumatiques ou difficiles vécus dans la petite enfance.

Ce qui fait que la personne devenue adulte peut éprouver un sentiment d'insécurité et de terreur, de peur d'exister par elle-même car cela lui a manqué dans l'enfance qui est une étape cruciale dans la construction psychique du sujet.

« Il est souvent nécessaire de mener un long travail psychique pour aider les personnes à se sentir exister par elle-même: pour reconstruire cette capacité à se sentir le droit de vivre et pour se reconnaître, avec un «miroir interne» qui aide à sentir ce qui vous convient ou non, et à dire vraiment, librement, oui ou non dans les choix de la vie ou à d'autres personnes, sans trop de crainte ni de culpabilité.» Extrait de la conférence de Dominique Bourdin. Le plaisir. Séminaires psychanalytiques. 17 mai 2014.

C'est important de comprendre que le monde n'est pas tel qu'on le voudrait, qu'on n'est pas aussi bons que l'on aimerait…

Cependant, ce qui est essentiel pour accéder au plaisir de vivre et à une forme de bonheur, c'est d'être dans une disponibilité intérieure par rapport à ce qui nous arrive en bien ou en mal.

Ce qui nous permet de faire face aux événements et de s'y adapter tout en ayant une sécurité intérieure et une confiance en soi qui nous permet de garder le plaisir de vivre.

Le désir et le rêve ne sont pas à supprimer pour arriver à être dans cette recherche du bonheur même s'il faut tenir compte de la réalité. Il existe un droit au plaisir et y renoncer est à l'origine de la souffrance psychique chez le sujet.

Les peurs enfouies doivent être mises à jour et intégrées par la personne qui les ressent pour arriver à les dépasser et retrouver une forme de liberté de choix dans son existence. Ce qui participe à rendre heureux et permet de ressentir du bonheur.

Apprendre à ne plus être dans la survie psychique mais dans un temps de paix psychique permet de ne plus vivre dans la peur. Ce qui ne veut pas dire que toutes les difficultés disparaissent mais que chaque obstacle n'est pas vécu comme insurmontable et ne met pas en péril le sujet dans sa vie et dans son intégrité psychique.

« L'aspiration au bonheur n'a pas pour fin l'installation dans une béatitude divine: ce serait nier donc refuser d'être un être humain, doté d'un corps, sensible au temps, vulnérable à l’interaction avec les autres. Mais la possibilité de recommencer jour après jour, à choisir tel effort pour telle fin, à faire alliance et vivre des amours et des amitiés inespérés, voilà qui nourrit un réel bonheur de vivre, même lorsqu'il n'est pas sans ombre.» Extrait de la conférence de Dominique Bourdin. Le plaisir. Séminaires psychanalytiques. 17 mai 2014.

Tous les plaisirs ne sont pas susceptibles de nous rendre heureux et de mener au bien, bien au contraire! Car certains sont bons mais d'autres nuisibles à la santé, autant du corps que de l'âme (corps malade et âme injuste). (trop manger, être méchant, etc.).


Donc, quand on recherche un plaisir, il faut avant tout réfléchir à la nature de ce plaisir (tempérance). On peut certes rechercher certains plaisirs (tout plaisir n'est donc pas condamnable en soi), mais pas le faire n'importe comment, de façon désordonnée et non réfléchie.

Il ne peut donc y avoir de bonheur dans l’immédiateté irréfléchie du plaisir ; on ne peut pas non plus le rencontrer par hasard. Ainsi, l’étymologie du mot de bonheur (" bonum augurium ") n’est-elle pas trompeuse quant à la nature du bonheur ?

En effet, cette expression, " bon augure ", est du côté de la chance, du hasard ; elle renvoie à des expressions du genre : " au petit bonheur la chance " ; le bonheur est, selon l’étymologie, un don de la fortune, qui peut échoir autant au méchant qu’au bon. Or, le bonheur est du côté de l’effort ; nous en sommes responsables ; et il est faux que notre volonté n’y soit pour rien ! Laisser sa vie se dérouler au petit bonheur la chance, la livrer au hasard, ne peut pas nous mener au bonheur. Je ne peux être heureux dans le fragmentaire. Je suis heureux quand les satisfactions forment un tout cohérent.

Le bonheur suppose donc la connaissance. En effet, il est harmonie de nous avec nous-mêmes et avec le monde; or, produire cette harmonie est tout un art, et seul celui qui connaît la nature réelle du cosmos, harmonie que l'on a traduire au niveau de nos vies, est en mesure de le faire. (Signification : le philosophe seul est heureux)


Le plaisir comme condition nécessaire, mais non suffisante du bonheur :

Socrate ne dit pas que le bonheur consiste à n'avoir aucun plaisir, et à s'interdire tout plaisir! Il semble en effet que si le plaisir sans le bonheur existe effectivement, le bonheur sans plaisir n'est pas possible : une vie sans plaisir vaudrait-elle la peine d’être vécue ?

Seulement, le plaisir n'est pas identique au bonheur, encore moins n'importe quel plaisir. Le plaisir n'est pas le souverain bien, le bonheur. Il n'est pas ce que nous voulons véritablement, mais, nous le voulons comme accompagnement.

Pour aller plus loin:

·         Freud. La naissance de la psychanalyse, Esquisse d'une psychologie scientifique (1895), Paris, PUF.

·         Étienne Jalenques. La thérapie du bonheur. Découvrez ce quelque-chose qui anime chacun d'entre nous. Poche Marabout.

·         Alain. Propos sur le Bonheur. Folio Essais.

·         Frédéric Lenoir. Du Bonheur, un voyage philosophique. Fayard.


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