L'Incestueux


Incestuel qualifie ce qui dans la vie psychique individuelle et familiale porte l'empreinte de l'inceste non fantasmé, sans qu'en soient nécessairement accomplies les formes génitales. L'incestuel est en quelque sorte pris en tenaille entre l'inceste fantasmé et l'inceste génitalement accompli. Son aire, singulière, est spécifique (et plutôt que d'une aire, faudra-t-il parler d'une faille).

Un champ vaste et important est ouvert par le concept d'incestuel ; important, il l'est en thérapie comme il l'est dans l'exploration clinique; essentiel, il l'est dans les familles autrement et plus encore que chez les individus. De vastes territoires de la pathologie interactive, territoires jusqu'alors inconnus, méconnus, voire même méprisés, ne peuvent se comprendre et se parcourir qu'à l'aide de cette notion-clé. Dans ces territoires se rencontrent, outre les organisations psychotiques, des formations de nature perverse, des constructions cliniquement incertaines ou bâtardes, difficiles à saisir comme à cerner, à comprendre comme à supporter, et enfin à traiter: c'est que l'ombre de l'inceste y rôde, sans doute indistincte et cependant écrasante.

Plusieurs précisions terminologiques s'imposent d'abord :

- L'adjectif incestuel est néologique. Il peut s'employer substantivement. Il désigne alors un registre de la vie psychique: celui de l'incestuel, qui relève évidemment de l'inceste.

- Cependant l'adjectif incestueux existait de longue date; il sert ordinairement à qualifier soit des fantasmes de désir, soit (presque à l'inverse) des actes sexuels; jusqu'à ces dernières années et pendant très longtemps on n'a rien connu ni reconnu d'autre en matière d'inceste; or le domaine est très vaste - et il est capital - qui ne relève ici ni du fantasme, ni de l'acte génital.

- C'est pourquoi s'est imposé (à l'auteur même de ces lignes) le besoin non seulement d'explorer ce domaine inconnu et de le concevoir, mais aussi de lui donner la dénomination nécessairement nouvelle qui lui revient en propre.

Selon P.C.Racamier « L'œdipe intronise l'objet; l'incestuel est l'ultime figure de la lutte narcissique à l'encontre de l'objet désirable. L'Œdipe aboutit à l'autonomie du désir; il organise le social; l'incestuel combat l'autonomie, il cimente les familles à l'encontre du social ».

L’Anthropologie de l’interdit de l’inceste  

Différence entre l’inceste et le crime incestueux

Pour réfléchir sereinement à l’inceste du point de vue anthropologique, il convient de distinguer l’inceste du crime incestueux. Alors que les crimes incestueux sont des actes destructeurs commis sur des enfants vulnérables, l’inceste englobe l’ensemble des relations sexuelles entretenues entre apparentés proches, adultes consentants compris.

L’enseignement fondamental de l’anthropologie moderne est que l’évitement de l’inceste est universel. Lorsqu’on restreint la notion à la famille nucléaire, on observe que l’inceste est quasiment inexistant dans toutes les sociétés humaines qui ont été étudiées avec soin. Il n’existe pas de société humaine dans laquelle il serait courant de se marier avec son frère ou sa sœur, ou d’avoir des relations sexuelles avec ses parents ou ses enfants.

Pour expliquer cet évitement universel, deux explications principales se sont confrontées au XXème siècle.

La première a été élaborée dès 1891 par l’anthropologue finlandais Edward Westermarck.

Selon lui, la prohibition de l’inceste résulterait d’une aversion sexuelle instinctive pour les individus que l’on a côtoyés durant l’enfance. C’est la cohabitation au sein d’un même foyer des enfants d’une même famille et des enfants avec leurs parents qui empêcherait la formation d’une attraction sexuelle entre eux. L’évitement de l’inceste, que l’on retrouve d’ailleurs dans l’ensemble du règne animal, serait ainsi un instinct naturel ayant pour fonction d’éviter les relations consanguines, dont on connaît les effets délétères.

Par contraste, Freud, le fondateur de la psychanalyse, explique le tabou de l’inceste par le complexe d’Œdipe : tout enfant développerait pour le parent du sexe opposé un désir sexuel – ainsi qu’une hostilité envers le parent du même sexe. C’est ce désir et la culpabilité qu’il entraîne qui expliquerait que la société en fasse un interdit et que l’inceste devienne tabou.

L’anthropologie moderne, l’éthologie et la psychologie de l’enfant tendent aujourd’hui à donner raison à Westermarck. Les comportements qui s’apparentent au complexe d’Œdipe font aujourd’hui l’objet d’explications plus simples. Si dans toutes les cultures, on observe que les jeunes enfants sont souvent possessifs envers leur mère et distants envers son conjoint, c’est vraisemblablement pour bénéficier d’une attention plus soutenue de la part de leur mère. Et surtout, les mécanismes de l’évitement de l’inceste, aujourd’hui bien  documentés, vont dans le sens de l’hypothèse de Westermarck.

L'inceste est avant tout "une affaire de famille"


A l'origine de la famille, le couple.

Le lien familial incestueux se met en place contre des angoisses massives d'abandon et de perte. Ce type de lien présidera à la mise en couple, au choix du partenaire; ce choix sera envisagé comme une protection contre l'abandon mais en même temps comme une répétition de l'abandon. C'est ainsi qu'un homme ou une femme choisira un partenaire protecteur représentant la mère idéale qu'il n'a jamais eue mais ayant de brusques accès de violence ou des conduites addictives (alcoolisme, drogues...) qui le rendront absent à la relation. Ainsi se rejouera le lien traumatique de l'abandon. Ce lien traumatique est fait de beaucoup d'excitation, excitation protégeant contre la surprise de la perte et de l'abandon.

Toute famille s'origine dans la mise en couple. Chacun des partenaires apporte avec lui dans le "pot commun" du couple son propre fonctionnement familial, le fonctionnement de sa famille d'origine. La rencontre du couple n'est pas simplement la rencontre de deux individus mais aussi la rencontre de deux lignées, de deux cultures familiales avec leur mythologie singulière, leur idéologie particulière. Cette rencontre fondatrice porte en elle, potentiellement, le fonctionnement de la future famille qui prendra corps lors de la naissance du premier enfant.

L’enfant victime

Une  victime  est  un  individu  qui  reconnait  avoir  atteint  dans  son  intégrité personnelle  par  un  dommage  vident,  identifi遠 comme  tel  par  la  majorit遠 du corps  social. L’enfant qui subit un inceste est atteint dans son intégrité physique puisque le  dommage  subi  est  un  abus  sexuel,  une  effraction  de  son  corps  ;  or,  son  statut de  victime se justifie également par une atteinte à son intégrité psychique.

A l’intérieur de la famille, la victime a une position double : celle du sacrifice,  et  celle  qui  a  une  place  privilégie  auprès  du  père.   En  tant  que  sacrifié,  l’enfant  devient un objet au service des autres membres et plus particulièrement des parents :  la  mission  qui  lui  est  confiée, savoir  sauver  la  famille  par  son  silence  et  son  acceptation, peut lui donner l’idée qu’il est responsable de la cohésion et de la stabilit遠 familiale, du bonheur des uns et de la souffrance des autres ; il peut jouer de ce fait un  rôle  de  parent  de  son  (ou  ses)  parent(s)  puisqu’il  doit  .  la  fois  gérer  l’infantilisme  pervers de son abuseur et la surdité ou paresse psychoaffective de sa mère. Quant  à la  place  de  favoris,  on  pourrait  croire  qu’elle  constitue  un  bénéfice  secondaire  alors  qu’elle  n’est  qu’un  des  verrous  de  la  relation  incestueuse  qui  l’oblige à garder  le  secret, la honte, et la culpabilité.

De la victimisation, la participation, en passant par l’accommodation, l’enfant  ne joue pas son rôle d’enfant et son identité est compromise : il devient un autre, un  objet, un  jouet ballot entre deux rôles contradictoires. En effet, la place privilégie  qu’il  a  par  rapport.  sa  fratrie  et/ou sa  mère suscite  rejet  et  jalousie  car  le  couple  incestueux  constitue  une  coalition  qui  s’oppose  au  reste  de  la  famille  ou  qui  fonctionne en autarcie. En parallèle et en conséquence, la symptomatologie abusive de  la famille repose sur le principe du bouc-émissaire ou de la victime sacrificielle. Et la  loyauté de  l’enfant au clan  familial se  manifeste à travers ses actes, ses paroles, son comportement  dont  les  réponses  se  rigidifient  d’une  mani.re  masochiste  ou  automatique.



Le fait incestueux au sens social et psychologique

Lorsque l’abus survient dans la vie d’un enfant, sa personnalité est en plein développement ; il est généralement déjà en carence affective, puisque l’inceste survient dans des familles à transactions incestueuses (flous des limites, flou générationnel, couple parental immature, emprise…). Les dégâts vont dépendre de l’âge, de la fréquence et de la répétition, la forme du traumatisme…

Lorsque l’abus survient dans la vie d’un enfant, sa personnalité est en plein développement ; il est généralement déjà en carence affective, puisque l’inceste survient dans des familles à transactions incestueuses (flous des limites, flou générationnel, couple parental immature, emprise…). Les dégâts vont dépendre de l’âge, de la fréquence et de la répétition, la forme du traumatisme…


Le lien auteur - victime dans l’inceste

La caractéristique commune à toute situation abusive est le contrat qui lie deux  êtres dont l’un va utiliser  la situation pour prendre  l’autre dans un piège physique et  psychique : l’adulte abuse du pouvoir qu’il a sur l’enfant et de l’amour que ce dernier  lui porte.

Le  sentiment  qui  relie  le  parent  et  son  enfant  est  donc  instrumentalis遠 et  supporte une toute-puissance  mise en acte : l’enfant est utilisé comme un objet dont  les  caractéristiques  sont  précisément  de  ne  plus  avoir  le  statut  d’être.  Il  y  a  un  déni  d’existence de la victime, l’agresseur visant à retourner un état primitif d’impuissance  en  une  emprise  omnipotente  par  la  réduction  de  l’autre  à  l’état  de  chose.  Et  cette instrumentalisation  est  en  fait  liée à  la  notion  d’attachement : c’est  parce  qu’il  y  a attachement que l’abus est possible - J.Bowlby.

La  confusion  provient  du  fait  que  l’adulte  répond à la demande de  tendresse  avec le  langage  de  l’érotisation  ;  et  même si  la  première  réaction  de  l’enfant  est  le  refus,  la  haine,  le  dégout  et  une  violente  résistance,  l’agresseur  finira  par  être  introjecté, c’est-.-dire qu’il disparait de la réalité externe, et avec lui le sentiment de culpabilité - S. Ferenczi.

Le crime incestueux tire sa spécificité de sa gravité et de la difficulté de le détecter et d’en condamner les auteurs.


L'inceste: qu'est-ce que c'est ?

Fusionner c'est refuser de changer.

Si j'en viens à écrire à ce propos, c'est parce que j'ai pu observer  une absence de compréhension ou un flou tout significatif et inquiétant.

L'inceste c'est premièrement la relation sexuelle entretenue au sein de la famille, entre un père et sa fille ou son fils, une mère et ses enfants, ou entre frère et sœur (ce qui est peu dit) mais encore entre un neveu et une tante, une petite fille et son grand père. Contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, le tabou concernant ce genre de relation existe dans toutes les sociétés et les cultures. Il s'étend parfois au-delà de la famille nucléaire, englobant la relation du gendre avec sa belle-mère, comme l'évoque Freud dans Totem et tabou, ou se déplace  de la mère sur les tantes, tout en mettant des ségrégations spéciales très nettes entre les sexes, les clans et les règles de l'endogamie comme dans les sociétés Zuni ou Navaro du nouveau Mexique.

 Le tabou de l''inceste est une loi universelle, une nécessité biologique et sociétale, car il évite la consanguinité et l'extinction de l'espèce humaine. Il est  l'apanage de l'humain et de la parole, en tant qu'il fait séparation, ou coupure avec la fusion régressive inhérente à la propension naturelle de la survie à se contredire elle-même, dans le conservatisme  cannibale et le tabou de l'inceste ouvre sur une dimension créative de l'altérité et de la différenciation.

Une loi universelle :

Si l'on considère le fait de se reproduire "entre siens", de ne  pas reconduire le renouvellement du patrimoine génétique, l'inceste conduit à la mort par involution. Les énergies individuelles naturellement amenées à se différencier pour enrichir le fond chromosomial, n'ont aucune chance de devenir, ni de se confronter à l'inconnu, gros de toutes ses potentialités créatives. L'inceste au niveau physique, est semblable à la fusion qui contient l'énergie, qui se tasse sur elle-même à cause du trop de ressemblance des éléments qui constituent les deux parties concernées, et se tassant repoussent l'effet  négatif dans "l'après-coup."

Une loi biologique :

Les tares génétiques héritées des relations incestueuses sont pléthores. Elles démultiplient les chances de véhiculer les maladies et tendances latentes ou pas. Les animaux qui n'ont pas de tabou de l'inceste reconnu comme tel, mais des lois de régulations sociales approximatives se reproduisent entre eux lorsque la situation spatiale et territoriale ne leur permet plus se séparer en clans distincts.

Une loi sociétale :

 La société des humains est régie par la parole. Cette accession à la parole n'est pas une chose évidente, ni dans le sens historique et biologique, en comparaison aux autres espèces, comme les primates ou les autres mammifères, ni pour le petite d'homme qui doit y atteindre et y naitre pour émerger à se véritable nature de sujet. La loi de l'inceste se situe là justement où l'humain se différencie de l'animal; c'est-à-dire dans sa faculté de parole et de coupure avec le monde. C'est cette dimension de coupure qui ouvre sur la possibilité créatrice et novatrice du destin humain, en tant qu'il révèle la place de l'autre comme signe du réel.

 L'inceste dans le corps de parole :

 L'humain est donc "corps", et "corps de parole". C'est pour cette raison que la parole et le corps sont intrinsèquement  liés, de par leur organisation  de structure. C'est autour des 3 ans que le petit enfant accède à la pleine maitrise du langage. C'est aussi à ce moment qu'il comprend son accession à la parole comme un défi de taille, un défi hautement initiatique, au terme duquel il sera capable d'accéder à la capacité du devenir; une capacité d'ordre imaginaire et symbolique dont le tabou de l'inceste, et la reconnaissance des places bien distinctes au sein de la famille sont les clés.

Le père (l'instance paternelle), entant qu'il vient réclamer ses prérogatives sexuelles exclusives auprès de sa femme, et établir cela en loi, aussi bien dans l'interdit des relations avec ses enfants vient menacer le désir conservateur et régressif de l'enfant avec sa mère (nature) et l'obliger en quelque sorte, à se mettre en perspective. Il l'oblige, par la menace (bienveillante peut-être) à faire une nouvelle naissance, à effectuer un saut dans l'inconnu. A s'envisager comme un être symbolique ou capable d'une dimension dynamique, subtile et symbolique.

L'enfant comprend alors, si la mère reconnait le père comme l'objet de son désir, qu'il est dans une impasse mortelle. Cette impasse qui le barre, lui permet de pivoter  vers l'altérité de son destin propre et de le mettre en œuvre.

Des sujets incestueux

Une constante des sujets qui ont vécu un inceste, est qu'ils en minimisent la portée et la gravité. Etant donné qu'ils ont  vécu dans ce" bain", qui n'est pas seulement circonscrit au passage à l'acte, mais parfois à une atmosphère incestueuse globale concernant les deux parents, et parfois la famille entière, il ne leur est pas aisé d'établir des distinctions morales.

Même si ils sentent au fond d'eux le caractère déviant et destructeur de ce qui s'est produit, où l'aspect irrespirable et confus de la situation, cela demeure pour eux parfaitement lointain et vague. Certains n'hésitent pas à justifier leur passage à l'acte incestueux par des faits culturels, une conjecture particulière où une sorte de compassion-pitié pour le parent en cause.

C'est que l'amour est au centre de problème, et tout ce qui accompagne les éternels "faire plaisir" et secrets « Si tu veux que je te fasse du bien, laisse-moi te faire du mal ».


Psychanalyse des agirs incestueux sur une pensée « incestée »

 Absence de re-père: l'air rance de l'errance

 Les conséquences sont bien sur variées et nombreuses et concernent la difficulté à se repérer dans la vie.

Rien ne fait alors coupure entre "le dire et le dit", le désir et la jouissance de l'autre, à qui le corps et la jouissance n'appartiennent plus, et sont assujettis à l'adulte pervers. Dès lors la différenciation du sujet devient particulièrement difficile à réaliser. L'absence de tracé d'une certaine littoralité peut se manifester par rapport à son propre corps, par rapport aux autres ou à l'autre, les psychismes s'interpénétrant sans cesse sans réelle démarcation du noyau de l'intégrité.

 Il est important de comprendre que le corps et l'esprit "font corps." Si les limites du corps physique (l'intégrité) sont transgressées pour des raisons qui portent atteinte à l'altérité, le corps-de langage (et la pensée) seront affectés gravement et réciproquement. La parole est ce qui permet de poser un espace de protection "entre"; un intervalle de vie réelle.


L’incestuel, c’est l’inceste sans passage à l’acte sexuel.

Vu de l’extérieur, il n’y a rien. Vu de l’extérieur, l’incestuel peut même ressembler à de l’amour : vu de l’extérieur, une famille incestuelle peut ressembler à une famille très unie par « l’amour », mais ce n’est pas de l’amour... c’est de la fusion, de la confusion (des genres, des générations, des places, des identités…) c’est de l’emprise. Un parent qui considère son enfant comme s’il était une extension de lui-même, et/ou comme s’il était un objet n’est pas dans une relation d’amour mais dans une relation d’emprise.

Car ce qui caractérise l’incestuel, et ce qui est commun à l’inceste et à l’incestuel, c’est l’intrusion psychique.

L’incestuel, c’est du flou, le « magma du pas nommé », dit Fernande Amblard. « L’inceste en creux ou l’inceste fantôme » est selon elle un problème de mauvaise gestion du désir. Le désir qu’un parent peut ressentir pour un enfant (désir qui n’est pas mauvais en soi) est dénié (parce que ressenti comme trop dangereux ou honteux) alors il sera projeté sur l’enfant ou l’adolescent, qui peut ressentir, porter une honte qui n’est pas la sienne : cela peut être le cas d’un père qui a été incesté lorsqu’il a été enfant, par exemple, et ressent comme inacceptable d’éprouver du désir pour sa fille, de peur d’abuser d’elle ; il va alors refouler / barrer ce désir au point de ne pas le reconnaître en lui-même, mais la fille sentira le trouble, et portera la honte et/ou le malaise que le parent n’éprouve pas.

En réalité, ce n’est pas le désir que l’on peut ressentir pour ses enfants qui est mauvais en soi ; c’est qu’on en fait qui peut être bon ou mauvais. Une manière ajustée de gérer ce désir, c’est par exemple de dire à sa fille « tu es belle, ma fille, et les hommes que tu aimeras sont des grands chanceux » (ou selon les normes sociales et familiales en vigueur « l’homme que tu aimeras / que tu épouseras est un grand chanceux ») : la fille est ainsi reconnue dans sa féminité, reconnue comme une femme désirable, et autorisée à aller vers les hommes, à l’extérieur de la famille.

Cela peut aussi être le cas d’un parent qui éprouve un désir qu’il ressent comme coupable : il peut alors accuser l’enfant, projetant sur lui sa culpabilité pour s’en défausser : « tu es indécente, tu es une allumeuse…».

La féminité de la jeune fille va alors être douloureusement disqualifiée. Elle peut réagir en s’allumant, « s’hystérisant » ou au contraire en s’éteignant, camouflant son corps et sa féminité,(c’est aussi une composante de l’anorexie : effacer toutes les formes qui peuvent attirer le regard, ne pas, ne plus être une femme – l’arrêt des règles et leur reprise signent l’entrée et la sortie du trouble).

L’incestuel ce n’est pas du non-dit, c’est du pas-dit, c’est avant la représentation ; ça colle, ça agglutine, ça confond, ça mélange… Ca brouille les pistes, les frontières entre les personnes, les sexes, les générations, les identités, les corps... (« ma fille, c’est tout moi » ; où l’identité même de l’enfant est niée ; « elle m’a fait une rougeole », comme si la mère était dans la peau de son enfant… et de fait, parfois, dans un délire de fusion, ces mères pensent partager la peau, être dans la même peau que leur enfant, dans l’esprit de leur enfant « je sais ce qu’elle veut, ce qu’il lui faut, je sais qui est bon pour elle… » : c’est l’intrusion psychique. Cette intrusion, cette fusion coupe l’enfant de son être propre, de la source de sa subjectivité, sa vérité intérieure, de sa capacité à sentir son désir propre.

Cette faillite, évoquée métaphoriquement comme celle d’un pays, peut se produire de la même  manière chez les personnes qui, à travers leur enfance et adolescence, n’ont pas pu se construire comme séparées, individuées. Souvent suradaptées à la réalité (et souvent extrêmement intelligentes, de manière compensatoire, car ne sachant pas véritablement qui elles sont ni ce qu’elles désirent, et coupées de leurs propres émotions, elles ne peuvent que se servir de leurs capacités intellectuelles pour se diriger dans la vie) coupées de leur énergie intérieure, ces personnes sont à risque de tomber en panne d’énergie, c’est-à-dire en dépression, et, si elles sont trop clivées (coupées de leur être propre) elles peuvent risquer de décompenser, à l’adolescence ou à l’entrée dans l’âge adulte, au moment où elles devraient pouvoir se séparer.

Pour Racamier (L’inceste et l’incestuel), pour générer de l’incestuel, il faut ce manque de limites et ce flou transgénérationnel, ainsi qu’un secret, qui n’est pas nécessairement sexuel, mais qui est honteux (cela peut être un acte illégal, un crime non sexuel ; ou un acte non criminel et sexuel, comme un adultère, un enfant né d’un amour illégitime ; un deuil non fait : un suicide, une disparition…).

Le flou entre les générations : pour qu’il y ait un passage à l’acte incestueux, il faut qu’il y ait déjà un manque de limites, un flou dans les limites : l’inceste n’arrive pas comme un coup de tonnerre dans un ciel bleu. L’horizon est déjà bien bas et se confond avec la terre…

Ainsi, l’incestuel à la génération précédente peut faire le lit de l’inceste à la génération qui suit. Et inversement : si il y a eu inceste à la génération précédente, on retrouvera une ambiance incestuelle à la génération suivante car l’interdit de l’inceste y aura été transgressé, et les limites entre les générations en restent floutées — sauf si un travail thérapeutique permet de stopper là le système pathologique, ou si un conjoint sait mettre les limites qui ont manqué aux générations précédentes.

Il peut s’agir aussi de comportements plus ou moins anodins (selon l’âge ou le sexe des enfants, et là encore selon la culture et le contexte… dans les habitations à pièce unique des bidonvilles, difficile de faire autrement pour les parents que de dormir avec leurs enfants : mais souvent même dans ces lieux exigus, les familles séparent dès qu’elles le peuvent les lieux de couchage, par un rideau, un écran, une mezzanine…) : un parent qui dort dans la chambre des enfants, une mère qui prend ses enfants dans son lit quand le père est absent… (Là encore, ce n’est que la multiplicité d’exemples de ce type, associés à d’autres, et leur persistance dans le temps sans que l’âge des enfants ne soit pris en compte, et une certaine contrainte perçue, qui pourront faire émerger l’hypothèse d’une ambiance incestuelle).

Les conséquences de l’incestuel sont les mêmes que dans l’inceste.

Les familles incestuelles sont des familles à transactions incesteuses sans passage à l’acte. Ce qui caractérise l’incestuel, et ce qui est commun à l’inceste et à l’incestuel, c’est l’intrusion psychique.

Ainsi, les conséquences possibles sont les mêmes que dans l’inceste (dont voici une liste non exhaustive) :

- Délinquance,

- Echec scolaire, professionnel

- Troubles sexuels et affectifs

- Anorexie, boulimie, toutes les addictions,

- Délinquance, prostitution

- TS et/ou suicides

- Bouffés d’angoisse

- Bouffées délirantes, psychoses

- Dépressions chroniques

- Troubles graves de l’image corporelle

- Rituels obsessionnels de lavage

- Reproduction à la génération suivante

- Sexualité compulsive ou absence de sexualité

- Tendance à vivre des relations abusives (affectives, sexuelles, professionnelles…)

- Incapacité à vivre simultanément amour et sexualité dans une même relation…

Conclusion

Certains couples à travers l'histoire de chacun, le fonctionnement psychique individuel des deux partenaires, les circonstances de leur rencontre, construisent une famille où la potentialité incestueuse est certainement plus importante que dans d'autres fonctionnements familiaux.

Savoir reconnaître et analyser le fonctionnement familial le plus précocement possible peut permettre de mettre en place des actions de préventions salutaires face à l'irruption de l'inceste ou d’un climat incestueux.

Cette vigilance va permettre dans le développement de franchir l’accès  à  « l’attachement ».

A mon sens,  établir une reconnaissance du champ de « l’incestueux » (passage à l’acte) sans évoquer les dommages qui s’établissent dans l’incestuel équivaut à ne pas reconnaitre l’ampleur d’une souffrance intra ou inter psychique liée à un cadre mal/ ou sans limites protectrices.




Situé dans le 18ème au 3. Square Lamarck – 75018 Paris


Téléphone : 01 42 58 37 80


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Bibliographie :


-                               De l’incestueux à l’incestuel, Mugnier, Editions Fabert, avril 2013

-                               Panser l'impensable : Vivre pleinement sa vie d'adulte malgré un abus sexuel dans l'enfance, Fernande Amblard, Ed. Jouvence, 2003

-                               L’inceste et l’incestuel, Racamier, Editions Dunod 1995, réédition 2010

-                               Abus, violence et traumatismes, Revue Gestalt n° 15

-                               De l’inceste, F.Héritier, B. Cyrulnik & A. Naouri, Odile Jacob 2000

-                               Les pathologies de la personnalité, Gilles Delisle, Editions du Reflet 2004

-                               Sexualité, amour et Gestalt, Brigitte Martel InterEditions, Paris, 2004.

-                               Regards croisés sur l'adolescence, son évolution, sa diversité Marcel Rufot, M. Choquet, Poche 2008


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