Le « vide sexuel » dans le couple

Sexualité, libido et jouissance

    Françoise Dolto à fait, dans la préface de son livre : Sexualité féminine, une différence entre sexualité et libido. Elle y décrit la libido comme "inconsciente" tandis qu’elle caractérise la sexualité comme "consciente". La libido est ce qui motive tout sujet et qu'il ignore. C'est la motivation cachée qui pousse à agir, à parler ou à rêver dans la vie; la force archaïque, racinaire qui donne naissance à toutes les œuvres, à toute rencontre amoureuse ou non, et à tous les crimes lorsqu'elle est déviée. Jung décrit la libido, comme la force de vie contenant tous les possibles, les pires comme les meilleurs tels que le processus de "l'individuation", la réalisation du Soi.

De quelle sexualité parle la psychanalyse ?

La sexualité, du point de vue psychanalytique, fait référence au plaisir au sens large du terme : les sources de plaisir et comment les êtres humains cherchent à l’obtenir. La sexualité génitale adulte n’est qu’une expression de quelque chose de beaucoup plus complexe.
 La psychanalyse, a ouvert le champ de la réflexion , à partir du point de la sexualité, alors hautement réprimée dans la société de la fin du XIXe siècle, révélant ce territoire obscur de la libido, grâce à l'invention de la notion d'inconscient et du concept de" jouissance" à l'endroit où l'on s'attache à libérer le sujet de la souffrance qui l'accable, nouant dès lors la sexualité au symptôme de la libido déviée, et le symptôme au traumatisme (traumatisme) qui le cause.
Le symptôme, c'est: comment se manifeste de façon singulière cette souffrance qui est aussi jouissance créant ainsi la névrose. Le symptôme rend compte à l'extérieur de la "bizarrerie" paradoxale de quelque mouvement intérieur.
Voilà ce qu'écrit Ph. Lacadée à  propos de la jouissance, dans son livre bouleversant sur l'adolescence L'éveil et l'exil (Editions Cécile defaut).
" La jouissance est un concept nécessaire pour comprendre en quoi le sujet tient à son symptôme, et qu'à l'occasion, il l'aime bien plus que le bien-être, le plaisir, le profit, voire plus que lui-même -quant bien même ce symptôme le fait souffrir. C'est en cela précisément que jouissance et plaisir se distinguent. La jouissance est l'alliée de la douleur- et le symptôme fait mal - elle désigne la paradoxale satisfaction tirée de cette douleur, satisfaction qui peut mettre à mal l'organisme, et s'autonomiser jusqu'à conduire à la mort.

Misère sexuelle

    La misère sexuelle, telle qu'on la décrit dans les médias, ne serait donc pas tant celle de la sexualité que celle de la libido. Et tandis qu'on chercherait du côté d'une explication génitale ou biologique du problème de la prostitution, de l'inceste, de la pédophilie, de toutes les perversions associées, la psychanalyse  ouvre une porte sur ce qui est "hors champ", ou" hors corps" et dont la littérature, les arts font si magnifiquement le rendu. Le corps renvoi en effet à une toute autre dimension de l'être, un ailleurs peut-être, que les mots peuvent entrelacer pour faire sens, là où il n'y a que le trou du réel, le sans issue et l'angoisse de ce qui fait violence.
 Pour reprendre l'exemple de la prostitution, on le voit bien, là où l'onanisme devrait suffire, l'orgasme comme objet de jouissance et résultat- il ne suffit pas. En définitive, même sous forme d'objets achetés - une femme, puis une autre - La Femme - demeure l'enjeu de cette quête sans cesse renouvelable. La vraie quête n'est pas celle de la satisfaction de la jouissance, qui n'a pas de fin, et comme dit Lacadée - qui fait mal - mais la quête de ce hors corps qu'est la recherche de la vérité au lieu de La Femme. Seulement, de cette réelle quête, le névrosé ne sait rien car ça agit en lui, et même que "ça l'agit". C'est la jouissance, à laquelle il finit par s'identifier qui le piège et l'encercle comme un fascinant serpent, au point de s'y abîmer.
   L'irruption de la sexualité dans l'existence, au moment de la puberté est d'une immense violence. L'adolescent doit apprendre peu-à-peu compté avec cette force mystérieuse, puissante et envoûtante qui l'ensorcelle, bouleversant ses « re-pères »  parentaux (Lacan). Ce n'est qu'en trouvant d'autres pères, d'autres idéaux, d'autres structures que le jeune pourra maitriser et chevaucher cette énergie formidable, et la mettre au service de nouvelles perspectives de nouvelles vérités.
Dire pour faire nouage avec le hors champ.
   Dire ou écrire est  un des moyens de faire des nouages entre ce corps  secrètement agité par la pulsion, et ce hors champ, qui peut devenir un sans issue désespérant et infertile.   C'est là que l'analyste ou le thérapeute peut tenir un rôle important  afin que "ce dire" se précise, et ouvre des perspectives singulières, ou la reformulation conduit à la ré-invention de nouvelles pistes vivifiantes.
La duperie névrotique, par le processus de reformulation finit pas se dévoiler, conduisant à mieux coordonner la compréhension aux actes. Les motifs secrets de la libido ainsi dénudés permettent de donner du sens à l'existence, dans une vision large, éclairant de fait les relations avec les Autres, et les rapports de forces qui gisent dans les interactions.
La sexualité n'est alors plus regardée comme un fragment, mais comme un des aspects d'une totalité qui a pour essence, la ré-invention.

Sexualité Psychanalytique

Au sein du traitement psychanalytique, la façon dont l’individu a vécu les satisfactions et les frustrations de sa sexualité infantile se manifestera dans ses manières adultes de sentir, de penser et d’agir.
Chacune des zones érogènes entraîne, liées à elles, des formes déterminées de relation avec soi-même et avec les autres qui sont spécifiques au plaisir et déplaisir associés à cette zone. Dans un développement sain, aucune de ces zones n’aura été si plaisante ou si déplaisante que l’individu se sera attaché à elle parce que cette manière d’atteindre le plaisir fut la plus grande ou bien parce qu’il n’en eut jamais suffisamment. En revanche, s’il y a eu des difficultés dans le développement, il est possible que l’individu ne puisse se mouvoir librement entre les nombreuses manières d’atteindre la satisfaction et qu’il se trouve enfermé dans un système appauvri.
La même chose arrive dans la relation d’amour-hostilité-identification avec les parents. Si l’enfant n’a pas pu aimer, rejeter, renoncer, arriver-à-ressembler-à ses parents suffisamment, il lui restera de forts désirs retenus à ce niveau qui pèseront sur ses relations laborales, amicales et amoureuses.

Dans un traitement psychanalytique, l’analyste et le patient travaillent ensemble pour essayer de libérer l’individu de ces limitations, au moyen de leur compréhension profonde, pour qu’il puisse profiter d’une sexualité (au sens psychanalytique et aussi au sens plus commun de terme) plus large, riche et variée.




Téléphone : 01 42 58 37 80

  

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